JENNY – Une artiste française qui marque les esprits
J’ai le plaisir de donner la parole à Jenny, une artiste de talent qui s’illustre aussi bien dans la BD que dans le manga. Un immense merci pour cet échange.

Pourriez-vous me parler un peu de votre parcours ? Avez-vous toujours eu pour ambition d’être artiste ?
C’est à l’âge de 12 ans que mon rêve s’est révélé à moi : je voulais faire des dessins animés. Les années passant, j’ai travaillé à réaliser ce rêve et j’ai finalement intégré l’école de l’animation des Gobelins à Paris. A côté de ça, j’avais créé mon propre manga car j’avais été extrêmement séduite par la bande dessinée japonaise. J’aimais beaucoup ce format de narration. Même si travailler dans le dessin animé était mon premier rêve et que j’ai eu l’opportunité de le réaliser, raconter des histoires en bandes dessinées a toujours fait partie de moi.
Mon mari et moi avions créé le fanzine Chibimag, dans lequel j’ai publié les premières pages de Pink Diary. Nous participions à diverses salons et conventions. C’est lors d’un salon organisé par les éditions Delcourt auquel nous assistions en tant que fanzine amateur, que j’ai soumis mon projet de manga à celui qui deviendra mon éditeur depuis près de 20 ans. Ce sont Patricia Lyfoung et Philippe Ogaki qui m’avaient fortement encouragée à soumettre mon dossier. Et ils ont eu raison de me pousser. J’avais envisagé de mener mes deux métiers de front mais j’ai très vite compris qu’il fallait faire un choix.
C’est en Janvier 2005 que j’ai définitivement quitté l’industrie de l’animation pour devenir autrice de BD à temps plein.
Comme beaucoup, je vous ai découverte grâce à votre œuvre Pink Diary, qui a marqué toute une génération. Après plusieurs bandes dessinées et expériences variées, qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir au format manga ?
Le manque. J’ai commencé ma carrière avec ce format et lorsque j’ai eu de nouvelles idées, je voulais absolument revenir à ce format et à ce rythme de narration.
Quel a été le plus grand défi dans votre parcours d’autrice jusqu’à présent ?
Celui que je relève en ce moment. Je dois assurer 3 albums par an avec Les Légendaires Résistance, Les Légendaires Origines et Brille !. Ça va être comme ça pendant quelques années et ce n’est pas évident.
Pourriez-vous nous présenter Brille !, votre nouveau manga, en quelques mots ?
Brille ! Raconte l’histoire d’Émilie, lycéenne traumatisée par le harcèlement qu’elle a subi sur les réseaux sociaux. Enfermée dans sa chambre, c’est à peine si elle communique avec sa famille. Mais un jour, un jeune garçon de son âge emménage juste en face de chez elle.
Elle ne sait pas à quel point, cela va bouleverser son quotidien morne.

Quelle a été l’inspiration derrière cette nouvelle histoire ?
C’est au cours d’une de mes nombreuses balades à pieds que l’idée m’est venue. J’ai repensé à des événements qui se sont déroulés dans ma vie quand j’étais ado/adulte. Je les ai transposés à notre époque en me demandant, comment j’aurais aimé résoudre mes soucis et gérer les relations avec mon entourage. Qu’est-ce que j’aurais dit à la Jenny de cette époque pour qu’elle ne souffre plus ?
Le titre évoque la lumière, l’éclat : est-ce une métaphore pour un thème plus profond ?
Nous avons tous une raison d’être dans ce monde. Trouver sa voie, sa vocation, ce pourquoi on est fait afin d’apporter notre contribution n’est pas chose facile. C’est notre énergie, notre lumière. Lorsqu’on trouve, alors on peut exprimer tout son potentiel. Mais ça demande parfois du courage de s’assumer, de surmonter les difficultés, de gérer la réaction des autres (jalousie, envie, etc…) car à ce moment-là, on dégage une aura particulière. Voilà ce que signifie Brille ! C’est mon invitation à exprimer notre potentiel sans crainte et sans honte.
Qu’est-ce qui distingue Brille ! de vos précédents travaux ?
Ça faisait des années que je ne faisais que du format franco-belge et que je collaborais sur des histoires dont je n’étais pas la créatrice, en dehors de Comme Un Garçon. Brille ! est un retour aux sources et renoue avec mes sujets de prédilection.
Il s’agit pour le moment du premier tome, mais y a-t-il un personnage dans Brille ! auquel vous vous identifiez particulièrement ?
C’est difficile à dire car en réalité, j’ai injecté un peu de moi dans chacun de mes personnages.
Quelle est votre méthode de travail aujourd’hui ? A-t-elle beaucoup évolué avec le temps ?

Je suis très organisée avec un planning hebdomadaire bien défini. Selon que j’arrive à tenir mes délais, il peut varier.
Par exemple, j’avais demandé à Patrick Sobral de me laisser passer à l’encrage sans refaire une version brouillon de son story-board. Il est tellement précis que je peux m’en servir de crayonné de base et encrer directement.
C’est un gain de temps énorme et c’est pour cela que je peux faire 2 albums des Légendaires en à peu près 6 mois. Optimiser pour améliorer nos conditions de travail est un questionnement permanent pour mon mari et moi.
Vous êtes à la fois scénariste et dessinatrice. Quelle étape préférez-vous dans la création d’un manga ?
Trouver les idées et écrire l’histoire me plaît énormément. Je me mets dans ma bulle et je laisse mon esprit vagabonder. C’est à ce moment-là que je peux m’ouvrir à toutes inspirations : lecture, séries, films , musiques, etc… Après ça, la cerise sur le gâteau, c’est les mettre en images.
Comment travaillez-vous l’émotion dans vos planches, notamment dans un registre shôjo où elle est si importante ?
J’accorde beaucoup d’attention à l’expression et les attitudes de mes personnages. C’est ce que je préfère dessiner. Et j’essaye de les mettre en valeur avec un découpage clair et lisible, qui laisse une bonne place à mes personnages.
Combien de temps vous a pris le travail du scénario de Brille ! ? Y a-t-il eu des moments de doute ou d’euphorie ?
Il faut compter quelques semaines pour chaque tome. Ce sont les montagnes russes. Un coup, ça roule tout seul jusqu’à ce que je me retrouve bloquée. Puis rebelote, ça roule et paf ! Blocage. C’est comme ça à chaque fois. Quand c’est la panne sèche, je fais une activité qui n’a rien à voir pour dé-saturer mon cerveau.
Quelle est votre vision de l’évolution du manga en France, notamment pour les créations originales comme les vôtres ?

Je me réjouis de voir de plus en plus d’initiatives de maison d’édition qui se lance dans la création française. On est encore loin d’une véritable tendance, mais ça comment à arriver.
C’est encourageant, surtout quand je pense à mon fils aîné qui aimerait suivre cette voie.
Suivez-vous les mangas shôjo actuels ? Si oui, lesquels vous inspirent ou vous touchent ?
Je ne lis pas autant qu’à une époque alors je suis très sélective sur les séries que je suis. En ce moment, je lis assidûment À tes côtés et A sign of Affection. Si je me lance dans une nouvelle série, généralement, c’est sur les recommandations d’influenceurs en qui j’ai confiance. Autrement, je me sens dépassée et me décourage devant la montagne de nouveautés.
Avez-vous des références marquantes (autrices, séries, films…) qui vous ont influencée pour ce projet ?
En ce moment, j’aime beaucoup le travail de Nao Emoto dont j’admire le dessin délicat et élégant.
Elle m’inspire à faire de même dans mes dessins. Les Kdrama stimulent bien mon imaginaire également. Depuis que je travaille sur Brille, j’ai repris le visionnage des Kdrama.
Comment percevez-vous la place des autrices françaises dans l’univers du manga aujourd’hui ?
Dans mon cercle personnel, la plupart des gens que je connais qui font ce métier sont des femmes. Dans le manga plus particulièrement, c’est encore timide mais j’espère que ça va changer.
Si vous pouviez parler à la Jenny qui commençait Pink Diary, que lui diriez-vous ?
Tu as eu raison de faire ce choix !

Que souhaiteriez-vous que les lecteurs ressentent après avoir lu Brille ! ?
J’espère qu’ils passeront par toutes sortes d’émotions et qu’ils trouveront un ou plusieurs personnages auxquels s’identifier.
Auriez-vous un petit mot pour celles et ceux qui vous suivent depuis le début et qui vous retrouvent avec ce nouveau manga ?
Si vous avez lu Pink Diary, Brille ! vous donnera l’impression d’être comme à la maison. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti en commençant à dessiner cette série !
Tu peux retrouver Jenny sur son compte Instagram _jennys_fantasies !
Retrouve dès maintenant mon avis sur le premier tome de Brille !
